Before, Now and Then. 55. Venice Biennale 2013, Italy.

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Before, Now and Then.

 

Before, now and then – Triny Prada

 

Une vie, une voiture, un choc. Une vie qui ne tient plus qu’à un fil. Une vie recousue, ténue, têtue, qui s’accroche à sa ligne mélodique, loin du fracas du monde. La vie défile : réseau protecteur des visages aimés, résille de la résilience point par point et radio après radio, chaîne de l’ADN qui se retisse brin à brin, canevas des souvenirs qui se redessinent trait après trait, trame matricielle des tapisseries du pays natal, les molas…

Tout ce qui se noue et se dénoue dans l’art de Triny Prada se rattache désormais à la vie, pas tant la sienne que celle des autres, voire du monde entier. Créé pour cette 55ème Biennale de Venise, Before, Now and Then souligne une fois encore la fragilité de la vie, mais aussi le lien vital entre les choses, entre les gens, entre la nature et l’homme.

Un triptyque composé de trois grands panneaux lumineux et sonores habitent un mur complet du second étage du Palazzo Bembo. Comme un reflet du majestueux palais sur le Grand Canal, des masses gélatineuses palpitent sur un fond en plexiglas. Un cadre les entoure sur trois côtés, le quatrième est ouvert pour permettre la descente, la naissance d’une autre forme, dépendante et reliée par une tige vitale venue du haut. Au repos, tout est calme et serein, mais à son passage, le visiteur déclenche une séquence sonore et un cycle lumineux. L'installation l'apostrophe et l’incite à voir, écouter et comprendre puis le laisse poursuivre son chemin.

Fidèle à son mot d’ordre : « on naît, on meurt… entre temps », Triny Prada nous questionne sur l’impact des décisions et actions de tout un chacun sur l’avenir de notre planète. Car c'est bien au fond de cela qu'il s'agit. Cette installation va plus loin et dépasse les frontières de l’individu et de sa propre finitude pour l’étendre à une prise de conscience collective, inscrite dans la durée de la vie sur Terre, en particulier ici dans l'eau matricielle – la mer.

 

Before, Now and Then réfère aux algues, structures organiques translucides à la fluorescence toute aquatique au centre de chacun des trois cadres. Ces êtres primitifs sont les témoins des prémices de nos origines, de la vie sur Terre et de ce que nous en avons fait. Le cadre les abrite et les protège, figeant dans le temps leur évolution, les muséifiant. Mais il abrite aussi en son sein ce qui permet leur augmentation.

 

Before nous immerge directement dans l'univers de Triny Prada.La forme primitive, ovoïde, irradie le cadre d'un bleu semblable à celui que l'on perçoit sous l'eau, lorsque les rayons du soleil percent la surface de la mer. Le son qui s'en échappe se rapproche de celui d'un sonar qui plonge dans le lointain et apporte en écho une réponse du passé un battement de vie, suivant un chemin sinueux, évoqué par les motifs de fils de la partie basse.

 

Now. Le chemin continue... Les fils s'arrondissent et accouchent d'une forme, témoin d'une méiose réussie. Au-dessus, la structure organique s'élargit aussi, le bleu s'obscurcit et se teinte de mauve. Un bouillonnement de vie et d'eau couvre progressivement le son du sonar. Le temps de la maturité a sonné.

 

Dans Then, la lumière s'affaiblit dans un jaune d'or qui peine à briller. L’activité sonore s’étiole peu à peu, jusqu’aux simples vagues originelles. La matrice se fait hermaphrodite. Les fils se raréfient et prennent la teinte de leur destin funeste aux couleurs de fin du monde.

 

Alors se posent quantité de questions : dans le continuum de l’évolution, comment un organisme protozoaire enfante-t-il son pendant mécanisé et augmenté quand nul besoin ne l’impose ? Quel sens profond a ce rappel de l’environnement originel, dans un contexte en mutation permanente ? A quel moment sort-on du cadre initial, pourquoi et pour quoi ?...

Triny Prada s’intéresse aux passages autant qu’aux liens, posant avec la même acuité la question du devenir de l’algue mystérieusement dérivante et celle de l’action insouciante de l’homme sur l’éco-système. Elle nous rappelle avec cette œuvre que nous interférons toujours, délibérément ou malgré nous, sur ce monde bien plus vieux que nous, et qui ne nous survivra peut-être pas...

A suivre, forcément à suivre.

 

Before, Now and Then – Triny Prada

A life, a car, a collision. A life hanging on by nothing more than a thread. A life sewn back together, tenuous, stubborn, that clings onto its melody line, far removed from the din of the world. Life passes by : a protecting skein of loved faces, a web of resilience stitch by stitch, X-ray picture after x-ray picture, a DNA string which weaves itself together again strand by strand, a canvas of memories which re-emerge feature after feature, the weft and warp of the homeland’s tapestries, the molas …

Everything which knots and unravels in Triny Prada’s art is henceforth connected to life, not only her own but that of others or even of the whole world. Created for the 55th Venice Biennale, Before, Now and Then emphasizes once again the fragility of life, but also the vital link between things, between people, between nature and mankind.

A triptych of three large panels, which emit light and sound, clad a whole wall on the second floor of the Palazza Bembo. Like a reflection of the majestuous palace on the Grand Canal, gelatinous masses palpitate on a Plexiglas base.

A frame surrounds them on three sides, the fourth being open to allow the descent of another shape, dependant and connected by a vital stalk from above. At rest, everything is calm and serein, but as the visitor passes by, he or she sets off a sequence of sounds and a cycle of lights. The installation abruptly seizes the attention of the visitor who is prompted to look, listen and understand and then lets him or her continue their way.

True to her motto: “we are born, we die … in the meantime”, Triny Prada questions us about the impact of the decisions and actions of each one of us on the future of our planet. For in the end, that is indeed what it is about. This installation goes even further, beyond the boundary of the individual and his or her own finitude to extend it to a collective awareness of the duration of life on Earth, and here particularly in the life-giving water of the sea.

Before, Now and Then refers to algae, translucent organic structures with an aquatic glow sprawl in the centre of each of the frames. These primitive beings witness the premises of life on Earth and our origins. The frame shelters and protects them, fixing them in the time of their evolution, thus making them museum pieces. But it harbours also that which will enable their augmentation.

Before immerses us directly into Triny Prada’s universe. The primitive ovoid form irradiates the frame with a blue similar to the one to be seen under water when rays of sunlight pierce the surface of the sea. The sound which seeps out is not far removed from that of a sonar plunging in the distance and echoes a response from the past, a heartbeat of life, following a sinuous path suggested by the pattern of threads in the lower part.

Now. We move on … The threads curve and give birth to a shape, bearing witness to a successful meiosis. Above, the organic structure also swells, the blue darkens and takes on a purplish tint. A bubbling sound of life and water progressively cover the sound of the sonar.

 

In Then, the light dims to a dull golden yellow. The sounds become softer bit by bit, to become simple original waves. The matrix becomes hermaphrodite. The threads become sparse and take on a fateful end-of-the-world hue.

It is then that a whole set of questions arises: in the continuum of evolution, how can a protozoan organism give birth to its mechanized and augmented counterpart while there is no need for it? What profound meaning does this reminder of the original environment have within the context of permanent mutation? At what moment does one exit the original frame, why and what for? … Triny Prada is interested in passages as well as links, posing with the same acuity the question of the evolution of the mysteriously drifting algae and the reckless action of man on his ecosystem. She reminds us with this work that we always interfere, deliberately or inadvertently, on this world so much older than us and which may not survive after us.

 

Claire LEROUX – GACONGNE

Member of International Association of Art Critics (AICA)

Head off ArNum lab’s – ESIEA – France

Translation by Peter Wilson

 

 

 

 

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