Nous déroulons notre vie comme le fil de l'araignée qui tisse sa toile. Pour nourrir ce fil, il faut l'alimenter. Ainsi la nourriture est l'élément constant qui nous accompagne jusqu'à la mort. Il est aussi une thématique qui traverse mes expériences et mes recherches artistiques. Mon père était vétérinaire et j'ai vécu une enfance entourée d'animaux. (Comme mes frères et sœurs), j'étais présente à chaque naissance d'animal car mon père souhaitait que ses enfants assistent à ce moment de l'apparition de la vie. Nous étions onze enfants, l'un d'entre nous — avant ma naissance — est mort du choléra.
Très jeune, j'ai perdu toutes mes camarades d'école intoxiquées par un pain empoisonné. Je les ai vues mourir devant moi. Dans le camion qui transportait la farine une bidon de folidol (pesticide hautement dangereux) s'était répandu mais le boulanger poussé par la cupidité avait préferé l'utiliser pour faire le pain. Si je ne suis pas morte, c'est tout simplement parce que nous venions de déménager et nous achetions notre pain dans une autre boulangerie. Par moments, je pense que j'aurai pu mourir aussi. Cela n'a pas été le cas, mais presque quotidiennement, ce souvenir de mes camarades d'enfance ressurgit de manière obsédante. Depuis longtemps, je m'intéresse à la question de la nourriture dans le monde, aux produits chimiques utilisés, aux hormones, aux OGM aux détournements que l'homme impose à une évolution naturelle. Je partage mes réflexions et je dialogue avec le public lors de performances culinaires dans lesquelles je mets en exergue ce que la nature nous apporte de bon ou bien je souligne, de manière parfois provocatrice, les excès de nos choix de civilisation, en espérant faire réagir les consciences.
